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Un boucher français à Pipera

Jonas Mercier (www.lepetitjournal.com/Bucarest)
  Un boucher français à Pipera









Michel Champion apprend aux Roumains à aimer le bœuf

  Après plus de dix ans de service dans la grande distribution, Michel Champion a sauté le pas. Il a ouvert sa boucherie au début de l'année dans le quartier huppé de Pipera, à Bucarest. A 62 ans, il est un homme heureux, qui choisit sa viande avec soin et confectionne ses pâtés avec amour, dans la plus parfaite tradition française. Poussez la porte de Chez Champion, la boucherie-charcuterie de Michel Champion, et vous voyagez en France. Derrière son étalage - à gauche la charcuterie et à droite la boucherie - il découpe la viande devant ses clients. Avec son tablier rouge, sa joyeuse bedaine et son air bonhomme, Michel Champion est un boucher français authentique. ''Quand mon fournisseur vient, je monte dans le camion et c'est moi qui choisis mes pièces, dit-il. Et il me laisse faire, car on se connait bien.''
  Chez lui, on trouve avant tout du bœuf. Rumsteak, onglet, bavette... le choix est large et le coup de couteau précis. ''Les Roumains ne connaissent pas le bœuf, s'indigne-t-il. J'ai vu dans les marchés du filet qui était coupé en morceaux pour être haché !''.

                  Troglodyte dans sa Touraine natale

  Michel Champion est arrivé en Roumanie en 1998. Un ami l'avait invité à passer des vacances. L'idée de monter une petite fabrique de charcuterie française s'est naturellement imposée et les deux associés ont rapidement commencé à livrer Metro, la seule grande surface qui existait à cette époque, et les petites épiceries de Bucarest.
  La petite affaire a duré cinq ans. Puis Michel Champion a décidé de prendre une autre route. ''Lors d'un événement à la CCIFER (Chambre de commerce française en Roumanie, ndlr), j'ai appris que Cora cherchait un boucher pour monter son rayon boucherie et on s'est entendu'', raconte-t-il. Il y travaillera trois ans, avant de passer chez Auchan.
 Originaire de Touraine, où il a encore aujourd'hui une maison troglodyte, Michel Champion a commencé son apprentissage à 14 ans. Puis sa carrière de boucher s'est articulée autour des saisons. Car au même titre que les cuisiniers ou les animateurs, les bouchers peuvent suivre le flot des vacanciers et donner un coup de main dans les boucheries du littoral en été et dans celles des stations de ski en hiver. ''En France, c'est quasiment impossible d'ouvrir sa petite boucherie. DansD'abord, on ne trouve plus d'apprentis boucher et puis les supermarchés nous étranglent'', lâche-t-il.
 Quand l'opportunité de se mettre à son compte s'est présentée, Michel Champion a donc sauté sur l'occasion. Fin 2015, il a démissionné du rayon boucherie d'Auchan et il s'est installé à Pipera, le quartier huppé du nord de la capitale. Aujourd'hui, 80% de sa clientèle est française et son foie gras, ses rillettes, ses pâtés traditionnels et son boudin noir partent comme des petits pains. ''Je ne veux pas faire des spécialités roumaines, mais je veux que les Roumains s'habituent à la cuisine française'', insiste-t-il.

                   Un filet de bœuf au prix encore abordable

  Pourtant, de la bonne viande a toujours existé en Roumanie. Et même si on commence à trouver des élevages de charolaises, de limousines ou de black angus, Michel Champion continue de s'approvisionner chez de petits éleveurs de Moldavie, où il achète des races locales. ''Il faut savoir choisir ses pièces et surtout les couper de la bonne façon, explique-t-il. En Roumanie, on peut encore se permettre du filet de bœuf, alors qu'en France, c'est devenu hors de prix.'' Dans les restaurants roumains, on peut trouver de savoureux Châteaubriants de 5 cm d’épaisseur, accompagnés de leur sauce pour 10-12 euros.
 La boucherie Chez Champion a déménagé récemment pour s'installer au 40 bis, Soseaua Pipera Tunari. L'inauguration du nouveau magasin a eu lieu dans la foulée. ''J'ai ouvert des boite des rillettes et du pâté et mis des couteaux. Il y avait des baguettes et les gens se servaient eux-mêmes, raconte-t-il. C’était simple. Moi, c'est comme ça que j'ai l'habitude''.

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