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A l’école, le catéchisme orthodoxe est de mise

Nicoleta Onofrei (Adevarul), Traduit par Anna Marquer-Passicot
 A l’école, le catéchisme orthodoxe est de mise









Les recommandations du Conseil de l’Europe ne sont pas suivies


  En théorie, les cours de religions sont facultatifs depuis 2015, mais les élèves sont le plus souvent tenus d’y assister. En théorie, ces cours doivent présenter la diversité des religions, mais les programmes ne parlent guère que du culte orthodoxe, et relèvent plus du prosélytisme que de la formation à la tolérance.
  Le contenu des nouveaux cours de religion pour les collégiens s’apparente-t-il à du prosélytisme ? C’est en tout cas ce que dénonce le spécialiste en éducation Marian Stas, qui a lu les nouveaux programmes scolaires, encore en attente d’approbation du ministère. Un programme qui s’oppose aux recommandations du Conseil de l’Europe selon lesquelles seule l’histoire des religions devrait être enseignée. Selon ces programmes, à la fin de cet enseignement, les élèves devront avoir acquis certaines compétences, comme «faire preuve d’un comportement moral en accord avec les valeurs religieuses», «faire valoir l’actualité des principes de l’Ancien Testament dans le monde actuel» et «faire correspondre les expérience de la vie quotidienne aux principes religieux, en respectant l’identité et la diversité religieuse».
  Les moyens donnés pour l’acquisition de cette dernière compétence restent obscurs, puisque le programme ne traite que de l’identité du culte orthodoxe et évoque à peine cette «diversité religieuse».
  L’ancien député écologiste Remus Cernea, engagé contre les discriminations religieuses et partisan d’une plus stricte séparation de l’Eglise et de l’Etat, rappelle à quel point les enfants sont vulnérables et peuvent être facilement endoctrinés si on ne les prévient pas du danger du fondamentalisme religieux. «Les cours de religion devraient présenter toutes les grandes religions de l’humanité, permettre l’éveil à l’histoire des religions et au dialogue entre les cultures, mais aussi informer des dangers du fondamentalisme religieux», estime-t-il. «Cet extrémisme représente une menace pour le monde dans lequel nous vivons, comme cela a été le cas tout au long de l’histoire. On devrait aider les enfants à développer des anticorps mentaux pour les protéger des différentes formes que peut prendre le fondamentalisme religieux».

                         Des professeurs de catéchisme payés illégalement

   Il y a quelques années, une loi sur l’éducation débattue à la Chambre des députés prévoyait de proposer un cours d’histoire des religions aux élèves qui ne souhaiteraient pas assister à celui de religion. Le patriarche Daniel est intervenu la veille de la réunion des députés, en adressant une lettre à la présidente de la Chambre exprimant ses réserves face à cette initiative, craignant qu’elle ne discrédite les cours de religion et génère des abus.
  Contacté pour commenter le nouveau programme et les avis des experts, le ministre de l’Éducation Pavel Nastase a sèchement répondu qu’il ne l’avait pas lu en détails. Les cours de religion sont facultatifs depuis 2015, mais ils n’ont pas été retirés du tronc commun. Plus précisément, fin 2014, à l’initiative d’Emil Moise, un professeur de Buzau, la Cour constitutionnelle de Roumanie a modifié la procédure de participation aux cours de religion. Désormais, pour y assister, une demande doit être faite par les élèves ou leurs parents, et non pour en être exemptés comme c’était le cas auparavant.
  Quelques mois plus tard, un arrêté ministériel statuait que la demande pour participer aux cours de religion devait être faite chaque année et que l’inscription ne se renouvelait pas automatiquement.
  Emil Moise a fait remarquer que s’ils ne s’inscrivent pas en début d’année scolaire, les élèves participent aux cours de religion de manière illégale. «Les professeurs qui dispensent ces cours sont donc payés tout en étant hors la loi», a-t-il démontré.
  Enfin, si 18 cultes sont reconnus en Roumanie, sur le site de l’Institut de sciences de l’éducation, le seul programme de cours de religion présenté concerne le culte orthodoxe.

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