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Care aide les enfants roumains atteints de scoliose

Aline Fontaine
 Care aide les enfants roumains atteints de scoliose









Marinela, 14 ans, après son opération. Sur son portable, une photo d’elle appareillée.


  Un médecin de Bucarest s’est spécialisé dans la chirurgie des scolioses sévères. Grâce à l’aide d’associations qui prennent en charge les frais de ces soins non remboursés, des dizaines d’enfants redécouvrent la vie.
  Marinela va bientôt pouvoir courir. Avant, au bout de quelques mètres, l’adolescente s’arrêtait, épuisée et remplie de douleurs dans le bas du dos, la faute à une grave scoliose. Dix jours après son opération, elle se met à rêver. «Peut-être pourrai-je même danser et participer à des compétitions», espère la brunette, allongée sur un canapé de la clinique Monza, à Bucarest.
  Jusque récemment, cette jeune fille de 14 ans avait la taille d’une enfant de 6 ans. Sa colonne vertébrale était déformée de 140°, un cas très grave. Grâce à une intervention chirurgicale, Marinela a grandi de 14 centimètres. Sa colonne s’est redressée et ne présente plus qu’une déformation de 37°. Jamais la correction n’est totale. «Dans trois mois, elle pourra faire du vélo et aller à la piscine, confirme Alexandru Thiery, le médecin qui l’a opérée. C’est normal que ce ne soit pas instantané. Marinela a dû rester six semaines assise ou alitée avec des instruments pour l’étirer. C’est comme si elle revenait du cosmos et reposait pied sur terre». Pour le chirurgien, l’évolution de Marinela est excellente. «Elle marche déjà gracieusement, comme une ballerine», s’amuse-t-il.

                     Jusqu’à 12 000 euros l’intervention

  En Roumanie, les cas de scoliose sévère chez les enfants, à savoir plus de 100° de déformation, ne sont traités que dans cette clinique. Un traitement rendu possible grâce à l’association Sera (Solidarité enfants roumains abandonnés) et parrainé par son association partenaire, Care France. «Chaque année, nous investissons 60 000 euros de dons venus de France, dont un cinquième provenant des dons ISF, pour acheter des kits d’implants qui ne sont pas remboursés par l’assurance maladie. Ils valent près de 4 000 euros l’unité, mais le fabricant a accepté de nous les vendre à moitié prix», précise Bogdan Simion, le directeur de Sera.
  L’intervention peut coûter jusqu’à 12 000 euros. Inabordable pour les Roumains, qui gagnent un salaire mensuel moyen de 300 euros. D’autres associations se sont alliées à Sera pour prendre en charge les frais d’hospitalisation ou encore les médicaments afin de permettre à des enfants comme Marinela de bénéficier de l’opération.
  Pour Marinela, comme pour les 114 enfants venus de tout le pays que le médecin a opérés depuis trois ans et demi, tout s’est bien terminé. Le sourire de l’adolescente le montre. «Avant, elle était très renfermée. Beaucoup de ses camarades de classe l’excluaient à cause de sa maladie», décrit Daniel, bénévole de l’association «Ana et les enfants». Il suit Marinela depuis trois ans. «Le médecin lui a donné une chance de se réinsérer dans la société», conclut-il.
  Pour mener à bien ces opérations, le médecin s’est formé à l’hôpital universitaire de Gand, en Belgique. Aujourd’hui, il aimerait bien pouvoir faire plus.
  «Je ne peux opérer que six à huit enfants par mois, car ces interventions durent au moins 13 heures et sont très difficiles. C’est pourquoi seulement quelques dizaines d’établissements au monde les proposent. Mais, dans un pays de 20 millions d’habitants, je ne devrais pas être tout seul, s’indigne Alexandru Thiery.
  La Roumanie a voulu rejoindre l’Union européenne mais elle ne se donne pas du tout les moyens de s’aligner !».

                    55 000 cas de scoliose grave

   À Iasi, dans le nord du pays, un autre chirurgien, qu’Alexandru Thiery allait aider, pratiquait ces interventions, mais l’hôpital public a cessé de le financer. Pour le médecin, la Roumanie ne s’illustre pas par un nombre exceptionnel de scolioses. Faute de statistiques officielles, il estime à 55 000 le nombre de scolioses de plus de 30°, une proportion égale à celle du reste de l’Europe.
  «En revanche, nous sommes dans un cercle vicieux. Nous avons plus de cas graves car nous ne sommes qu’une vingtaine d’orthopédistes pédiatriques, dix fois moins qu’en France. Et 40 % des médecins roumains exercent à l’étranger, faute de moyens dans notre système public», ajoute-t-il.
  Un autre problème frappe aussi le chirurgien. «Beaucoup de généralistes pèchent par orgueil. Ils ne vont pas avoir l’honnêteté de dire aux patients qu’ils ne savent pas comment faire, ni avoir l’idée d’envoyer le patient chez un spécialiste, comme ça se fait en Europe de l’Ouest. Ainsi, on se retrouve avec des cas de scoliose très aggravés».
  Teodora, 16 ans, a subi les conséquences de cette mentalité. Elle a été opérée un jour après Marinela. «Elle est atteinte depuis l’âge de 6 ans. Nous savions qu’une opération était possible, mais, les médecins de notre région, dans le nord, ont toujours prétexté que l’opération devait être reportée», raconte sa mère qui, sans le soutien financier de Sera, n’aurait par ailleurs pas pu financer l’intervention. Résultat, la scoliose a fini par comprimer la cage thoracique de Teodora. «Il était temps de l’opérer car elle n’avait plus qu’une capacité respiratoire de 20 %», ajoute le médecin. Maintenant, Teodora sent qu’elle respire. Tout comme Marinela rêve de courir, la lycéenne, pleine d’optimisme, songe à intégrer l’université d’art de Bucarest. D’ici à six mois, elle n’aura plus besoin de l’assistance permanente de sa mère. Tout sera possible.

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