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Depuis 2015, très peu de médecins ou d’infirmiers ont quitté le pays

Propos recueillis par Catalin Trandafir (Traduction Anna Marquer-Passicot)
 Depuis 2015, très peu de médecins ou d’infirmiers ont quitté le pays









«Je cherche un pays»… c’est moins vrai aujourd’hui.


  Plus de 14 000 médecins et 28 000 infirmiers ont quitté la Roumanie entre 2009 et 2015. Mais depuis, la situation s’est améliorée. À l’heure où la majorité gouvernementale PSD-ALDE veut revenir sur la réforme de dépolitisation de la fonction hospitalière mise en place par le gouvernement technique en 2015-2016, le point sur la situation avec Viorel Husanu, le président du syndicat des médecins SANITAS Bucarest.
  AGERPRES : Quels sont les principaux problèmes auxquels est confronté le système de santé roumain et comment y remédier, à court et long terme ?
  Viorel Husanu (V.H.) : Jusqu’en 2015, à côté de la faiblesse des salaires, le principal problème était la politisation excessive du système. Chaque changement de gouvernement ou de ministre de la Santé entraînait un renouvellement des directeurs d’hôpitaux, des chefs de service et de leurs adjoints. Depuis deux ans, la situation commence à s’améliorer : les salaires ont augmenté et les nominations politiques se sont raréfiées. À l’heure actuelle, certains chefs de service sont en poste depuis trois ou quatre ans.
  Autre problème majeur, jusqu’en 2015, les personnels de santé étaient confrontés au blocage des postes et au gel de leur salaire suite à une ordonnance passée par le gouvernement Boc en 2009. Cette ordonnance a précipité l’exode des médecins et des infirmiers. Pour donner un ordre de grandeur, le système de santé compte aujourd’hui 231 000 salariés, parmi lesquels 14 000 médecins, soit l’équivalent du nombre de médecins qui a quitté la Roumanie entre 2009 et 2015. Les pays étrangers nous fauchent les meilleurs médecins pour les faire travailler dans leur système de santé, tandis que ceux qui sont moins bons ou qui n’ont pas trouvé de poste exercent dans d’autres domaines. Certains sont devenus aides-soignants ou serveurs alors que l’État roumain a investi pour les former. Mais depuis 2015, très peu de médecins ou d’infirmiers ont quitté le pays.

                   La revalorisation des salaires incite à rester

   AGERPRES : Qu’est-ce qui explique la fin de cet exode ?
   V.H. : C’est difficile à déterminer. Peut-être qu’il y a moins de postes attractifs à l’étranger. Sans doute aussi que les médecins sont plus satisfaits des conditions financières qui se sont considérablement améliorées depuis 2015. Par exemple, les internes se sont vus octroyer une bourse en complément de leurs revenus. Puis le salaire de tous les professionnels de la santé a augmenté, de 100 lei seulement (environ 20 euros), mais c’est un premier pas. Les salaires ont ensuite été rehaussés pour récupérer la baisse de 25% voulue par le gouvernement Boc en 2010. Et sous la pression de SANITAS, le gouvernement Ponta a accordé une nouvelle augmentation de 25%. Si l’on se réfère à l’année 2009, les salaires ont doublé entre 2015 et 2017. Je crois que c’est l’une des raisons pour lesquelles le personnel médical reste en Roumanie. D’ailleurs, parmi les médecins qui avaient commencé les démarches pour partir en 2015, nombreux ont renoncé en cours de route.
  AGERPRES : Que pensez-vous de l’augmentation du salaire minimum des personnels de santé à 1750 lei (environ 380 euros) à partir du 1er juillet ?
  V.H. : Le salaire minimum actuel étant de 1450 lei (environ 320 euros), ce sera bénéfique pour l’ensemble du système de santé. Mais certains membres d’autres syndicats s’y opposent parce qu’ils craignent que cela affecte le secteur privé. Cette inquiétude est infondée puisque dans le privé, les salaires sont négociables.

                    «Il faut dépolitiser le système de santé»

  “La culture du pot-de-vin disparaîtra à mesure que les personnels de santé seront mieux rémunérés.”
   AGERPRES : De quels aspects des autres systèmes de santé européens pourrions-nous nous inspirer ?
   V.H. : Il faudrait tout d’abord finir de dépolitiser le système. Seuls les ministres et les secrétaires d’État devraient être choisis dans la classe politique. Les directeurs d’hôpitaux et les chefs de service devraient être nommés par intérim, pour leurs compétences et parmi les professionnels de la santé. Il faudrait également revoir le financement des hôpitaux. Il existe encore des écarts entre les salaires du personnel selon les établissements. La Caisse nationale d’assurance santé (CNAS) impose que les hôpitaux établissent en avance chaque année le nombre de patients qu’ils traiteront. Si le nombre prévu est dépassé, les financements ne suivent pas et, à l’inverse, si moins de patients sont soignés, le budget est revu à la baisse. Ce système est trop rigide pour être efficace. Il faudrait laisser aux directeurs d’hôpitaux le soin d’engager le nombre d’employés nécessaires, leur laisser gérer les fonds selon les besoins et rémunérer les hôpitaux qui ont traité plus de patients que prévu.
  AGERPRES : Quand pensez-vous que le fléau des pots-de-vin disparaîtra des hôpitaux roumains ?
  V.H. : Ce n’est pas facile. En 27 ans, je n’ai pas trouvé de solution. Mais j’imagine que cette pratique tendra à disparaître à mesure que le personnel médical sera mieux rémunéré. Il appartient également aux patients de se défaire de cet état d’esprit typiquement roumain et de perdre cette habitude.

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