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Le gouvernement traque les manifestants

Mirel Bran (Le Monde)
 Le gouvernement traque les manifestants









Cosmin Bârsan est le seul des 8000 habitants d’Odobesti à avoir manifesté contre la corruption.


   Il est devenu le symbole d’une révolte populaire contre la corruption qui a fait sortir des milliers de Roumains dans les rues à Bucarest. Cosmin Birsan, 33 ans, vit à Odobesti, petite ville située à l’est de la Roumanie, où les gens n’avaient jamais manifesté. Le 1er février, les manifestants sont sortis dans les rues de Bucarest pour protester contre le gouvernement socialiste qui a tenté de mettre fin à la campagne anticorruption. La colère contre les autorités s’est étendue à l’ensemble du pays, y compris dans des villes où l’idée de protester publiquement n’existait pas.
  Muni d’une pancarte sur laquelle il avait écrit «La corruption tue», Cosmin Birsan est sorti protester dans le centre d’Odobesti. La photo qu’il a postée sur les réseaux sociaux a immédiatement été reprise par tous les médias. «Odobesti, la ville qui n’a qu’un seul manifestant», ont titré les journaux roumains.
  Mais à Odobesti, cette pancarte risque de coûter cher à Cosmin. Le 6 février, il s’est vu infliger une amende de 150 euros pour avoir «insulté la mairie d’Odobesti et les fonctionnaires». Sur son compte Facebook, il avait demandé au parquet national anticorruption de s’intéresser aux autorités de sa ville.

                  Parents qui emmènent leurs enfants à la manif condamnés ?

  Le maire socialiste d’Odobesti, Daniel Nicolas, lui a intenté un procès pour avoir nui à son image et il lui demande un dédommagement de 32 000 euros, une somme importante - 6 ans de revenus - dans un pays où le salaire moyen est de 400 euros. «Dans les petites villes comme Odobesti, les gens sont terrorisés par des autorités locales corrompues et ils n’osent pas parler, affirme Cosmin Birsan. Mais moi je veux vivre dans un pays libre».
  L’histoire de Cosmin n’est pas unique. A Ploiesti, ville située à 60 kilomètres au nord de la capitale, un jeune entrepreneur qui fabrique des bannières en plastique a eu affaire lui aussi à la police. Horia Georgescu avait proposé aux manifestants sur les réseaux sociaux de leur fournir des bannières gratuitement. «J’ai eu beaucoup de commandes, affirme-t-il. Mais je me suis retrouvé avec la police économique sur le dos. J’ai été accusé de faire travailler mes employés au-delà des heures de travail».
  Le gouvernement ne s’arrête pas là. «Les parents qui ont emmené leurs enfants dans les manifestations sont irresponsables, a déclaré la ministre du travail Lia Olguta Vasilescu. Comment peut-on emmener son enfant dans une zone de guerre ? La loi interdit aux parents d’emmener les enfants dans les manifestations. L’Autorité nationale pour la protection de l’enfance doit se mettre en rapport avec la police. La police va identifier les parents qui ont manifesté avec leurs enfants et leur infliger une amende». Lia Olguta Vasilescu fait l’objet d’une enquête pénale pour blanchiment d’argent.

                 «Multinationales suspectées de payer les manifestants»

  Prochaine cible de l’ire gouvernementale : les multinationales. Le président de la commission parlementaire pour le contrôle des services de renseignements, Adrian Tutuianu, demande une enquête sur les multinationales suspectées de payer les manifestants. «C’est un problème de sécurité nationale, a déclaré M. Tutuianu. Selon la loi, utiliser les biens d’une entreprise à des fins personnelles est une infraction. Et si les employés des multinationales ont l’intention de manifester avec leurs voitures de fonction, les renseignements doivent nous en avertir».
  A Bucarest, les chambres de commerce étrangères ont aussitôt réagi, à l’image du communiqué de la Chambre de commerce américaine en Roumanie : «Les citoyens roumains ont le droit d’exprimer leurs convictions sans aucune restriction de la part de leurs employeurs». Les mesures de plus en plus contestées d’un pouvoir à la dérive ne font que renforcer la colère des manifestants qui promettent de ne pas quitter la rue jusqu’à ce que le gouvernement tombe.

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