Brasov, première ville sans chiens errants
Cristina Lapis et son association «Des Millions d’amis», ont réussi à endiguer le phénomène des chiens errants à Brasov, en collaboration avec la mairie.
La capitale des Carpates est la seule ville de Roumanie où le problème des chiens errants - les maidanezi - est pratiquement résolu. Castration, adoption, euthanasie… cela s'est fait sans tambours, ni trompettes en l'espace d'une dizaine d'années.
A Brasov, on a l'habitude de plaisanter: "Chez nous, tu risques plus de tomber nez à nez avec un ours qu'avec un maidanez". La police chargée des animaux estime qu'il existe entre 100 et 500 de chiens errants dans les rues de la cité aujourd'hui, dont 90% sont stérilisés. Ils traînent dans des secteurs d'usines abandonnées et sont capturés dès qu'ils sont repérés. La ville a pris au sérieux le problème dès 1996, lançant sa première campagne de stérilisation. "Pourquoi vous ne castrez pas aussi les moustiques ?" se moquaient alors les habitants, goguenards.
La "solution finale" pour 40 000 "maidanezi" en sept-huit ans
Cristina lapis, présidente de l'association "Milioane de Prieteni" ("Des millions d'amis"), consciente de la catastrophe à venir, avait décidé de collaborer avec la mairie dès le début. Un plan de bataille a été dressé: castration, adoption… extermination. Mais sans le crier sur les toits, pour éviter de voir Brigitte Bardot débarquer, flanquée de journalistes, comme elle l'a fait à Bucarest. Ni vi, ni connu… entre 30 000 et 40 000 chiens ont été euthanasiés en 8-9 ans ! Flavius Barbulescu, chef de la police des animaux et organisateur de cet "holocauste" est aujourd'hui serein: son action a évité la catastrophe que connaissent l'ensemble des autres villes du pays où le laisser-aller l'emporte sur les déclarations d'intention. Il justifie son action en s'appuyant sur un graphique qui fait froid dans le dos: si on prend vingt femelles donnant naissance chacune à 3 chiots par an - la moyenne admise -, de 60 chiens la première année, on passe à 260 la suivante, 860 la troisième, 2840 la quatrième, 9372 la cinquième, 30 927 la sixième et 102 061 au bout de sept ans. La situation devient alors ingérable, avec des risques d'explosion d'épidémies.
Mais la "solution finale" est loin d'être la panacée utilisée exclusivement par Brasov. 20 000 chiens ont été stérilisés, 10 000 adoptés dont 500 à 1200 placés chaque année auprès de maîtres à l'étranger, notamment en Allemagne. Cette exportation vers le reste de l'Europe a été bloquée au bout d'un moment. "C'est à nous de nous occuper de nos chiens !" reconnaît Cristina Lapis dont l'association a ouvert aussi deux refuges, accueillant 800 chiens au total, dont le coût de fonctionnement est pris totalement en charge par l'association, grâce à des dons.
Sans que çà coûte un sou à la ville
"Les maidanezi ne coûtent pas un sou à la ville" se réjouit la présidente de "Milioane de Prieteni", qui détaille sa façon de procéder: "Si on repère, une vingtaine de chiens dans une zone, le plus souvent dans les friches, on les capture tous. Ceux qui sont agressifs, malades, vieux, soit grosso modo la moitié, sont conduits au refuge.Les autres sont ramenés où ils ont été pris, car il ne faut pas laisser ces lieux déserts qui seraient vite repeuplés de façon incontrôlée. Nous refaisons des descentes régulièrement et ainsi leur nombre se réduit. Nous couvrons ainsi toute la ville". Mais il ne s'agit là que d'une partie du problème. Cristina Lapis a entrepris aussi de responsabiliser les propriétaires. "Certains laissent sortir leurs chiens quand ils sont en chaleur et sont intenables ou ne les font pas stériliser, alors on a introduit une taxe annuelle de 300 lei (70 €) pour les propriétaires qui ne les font pas castrer parce qu'ils veulent vendre les chiots". Une mesure qui commence à être reprise à travers tout le pays. Pour qu'il ne s'agisse pas d'un coup d'épée dans l'eau, les communes avoisinantes comme Zarnesti, ont été mises dans le coup et Brasov souhaite voit sa politique étendue à l'ensemble du judet.
Aujourd'hui, si l'euthanasie se pratique encore, elle devient de plus en plus rare. Les habitants de Brasov ont oublié les hurlements qui déchiraient leurs nuits, du côté de la gare de triage, quand les chiens mourraient de faim. Maintenant, quand on se promène dans le quartier, il faut parfois marcher une bonne heure avant de trouver un maidanez dormant tranquillement sous un arbre, le museau aplati. Des riverains admettent qu'ils en croisent parfois deux ou trois.
"C'est vrai, qu'est-ce qu'ils sont devenus ?" se demandent certains, les yeux ronds d'incrédulité quand on leur raconte ce qui s'est passé. Mais ils se souviennent tout à coup que, voici 7-8 ans, ils avaient bien du mal à pousser la porte de la cage d'escalier de leur bloc ou à ouvrir leur portière de voiture sans être entourés par une meute déchaînée. Les habitants de Brasov, accablés par leurs problèmes de subsistance au quotidien ont désormais… d'autres chiens à fouetter.
Quatorze ans pour venir à bout du problème
1997: l'association "Milioane de Prieteni" commence les stérilisations gratuites. Elle en a fait 20 000 jusqu'ici.
2000: première campagne de stérilisation massive dans le centre de Brasov concernant 1200 chiens en une semaine, avec l'aide vétérinaire volontaires roumains et allemands. Premières adoptions internationales (500 à 1200 par an).
2001: mise en place par la mairie d'une police des animaux. Après une semaine consacrée à les capturer, les chiens malades ou agressifs ont été euthanasiés. Au total, entre 30 000 et 40 000 chiens seront euthanasiés en 7-8 ans. Parallèlement, "Milioane de Prieteni" capture 300 à 500 chiens par mois.
2007: commence microciparea des chiens, suivant un modèle copié sur les villes allemandes.
2009: l'euthanasie est terminée. "Milioane de Prieteni" reçoit la gestion du service chargé des chiens errants.
2011: Recensement de tous les chiens de la ville qui doit être terminé à la fin de l'année pour identifier ceux qui ne sont pas stérilisés et dont les propriétaires doivent payer la nouvelle taxe annuelle de 300 lei (70 €).
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