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Des fonctionnaires en guerre contre la corruption

Aline Fontaine
Des fonctionnaires en guerre contre la corruption









A Timisoara une «Académie anti-corruption» voit le jour.


  En février 2017, le gouvernement roumain tentait de légiférer pour dépénaliser certains faits de corruption, provoquant la colère de dizaines de milliers de Roumains qui ont manifesté plusieurs semaines contre les abus de pouvoir dans l’administration. Preuve que l’élan ne retombe pas, des fonctionnaires et agents publics ont lancé fin mai à Timisoara une «Académie anti-corruption» pour endiguer ce fléau à leur échelle.
  «Le marché de la corruption ressemble à un trafic de drogue, sauf qu’ici le dealer n’échange pas des grammes de cocaïne contre de l’argent, mais un abus de pouvoir». Codru Vrabie, grand brun au regard intransigeant, ne mâche pas ses mots pour mobiliser la douzaine de fonctionnaires, conseillers municipaux et membres d’associations qui lui font face dans le sous-sol d’un hôtel de Timisoara. Avec d’autres experts du sujet, sa mission est de taille : en quatre jours, former la première «Académie anti-corruption» d’un pays, où, d’après ce militant de la bonne gouvernance, la petite corruption présente dans toutes les administrations publiques se chiffre à 1,5 milliard d’euros par an.
  «En Roumanie, malheureusement, le pouvoir discrétionnaire est encore très fort, ce qui laisse de la place à l’apparition de la corruption. Ainsi, les citoyens donnent des pots-de-vin, qui valent en moyenne un mois de salaire, pour obtenir un service plus rapidement ou meilleur, alors qu’ils le paient déjà dans leurs impôts», regrette cet ancien représentant de la société civile auprès du Conseil national de l’intégrité.

                       Réduire les occasions de chantage

  Les membres de cette nouvelle académie en sont convaincus : un changement dans les pratiques doit germer. Et ici, ils sont venus chercher les outils pour rendre cela possible. Première leçon : éviter les cas de monopole décisionnaire afin, par exemple, de lutter contre un maire qui se croit tout-puissant. Des mots familiers pour Daniela, conseillère municipale dans l’opposition d’un village de 3 300 habitants. «Le maire force les employés à signer des documents litigieux sous peine de les licencier. Il en profite car nous n’avons le budget que pour huit salariés. Mais je viens d’apprendre que nous pourrions nous associer à d’autres communes pour nous répartir les tâches administratives et mieux les contrôler. Cela réduirait les occasions de chantage», espère-t-elle. Encourager chacun à agir est l’un des buts de cette académie. «Le communisme et sa triste culture du “qui suis-je pour contredire mon chef” ont laissé des séquelles, et beaucoup ont encore peur de s’impliquer, alors même qu’ils ne font rien de mal à titre personnel», ajoute Codru Vrabie.

                         La lutte contre la corruption

  Le parlement roumain examine actuellement un projet de loi controversé visant à désengorger les prisons. Le 31 janvier, le gouvernement social-démocrate (ex-communiste) avait avancé l’argument de la surpopulation carcérale pour adopter un décret d’urgence assouplissant la législation anticorruption. Les Roumains avaient protesté par centaines de milliers dans les rues, et contraint le gouvernement à renoncer à son projet. Le rôle de la DNA. La Direction nationale anticorruption (DNA) créée sous la houlette de l’Union européenne avant l’adhésion de la Roumanie à l’UE a permis de condamner 4000 personnes de 2010 à 2016 pour des faits de corruption. En 2016, 1271 personnes ont été traduites devant la justice dont une trentaine de personnalités, ministres, sénateurs, députés, magistrats, chefs d’entreprise publiques.

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