Epaves en série dans le beau Danube bleu
Il a fallu une décennie et demie pour renflouer le Rostock.
Quand le niveau des eaux du Danube baisse près du delta, le fleuve révèle des épaves de navires oubliées depuis des décennies. Un gâchis environnemental très difficile et très coûteux à réparer, comme le soulignaient déjà Les Nouvelles de Roumanie, voici sept ans. La situation n'a pas changé explique aujourd'hui România Libera.
La baisse du niveau des eaux du Danube a révélé une partie de l'épave du navire Slatina, qui avait coulé à l'été 1990 alors qu'il était amarré dans le port fluvial de Galati. Depuis, cette carcasse de métal attire les voleurs de ferraille, qui, armés de marteaux, de leviers, de cisailles ou de scies à métaux, rôdent autour de l'épave et essaient d'en retirer des morceaux pour les vendre. Parfois, le métal rouillé cède de bonne grâce, d'autres fois c'est un vrai travail de Sisyphe.
De leur côté, les autorités préparent les opérations de renflouement de l'épave, qui consistent à ramener la totalité de la masse de métal à la surface. Coût de la manoeuvre: près de 10 millions d'euros. Une somme colossale due au fait que, même si une partie de l'épave se trouve déjà au-dessus de l'eau, elle est insignifiante par rapport à l'énorme bloc de métal que les alluvions ont emprisonné sous les flots. L'extraction nécessite des plongeurs lestés, qui coupent d'abord l'épave en morceaux. Ceux-ci seront ensuite ramenés à la surface à l'aide de grues flottantes de grande capacité.
Les fluctuations du niveau du Danube donnent depuis toujours du fil à retordre aux marins des bateaux amarrés à quai. Si le niveau du fleuve est en baisse, la profondeur à côté du quai est suffisante pour que le navire se pose sans danger "à sec". Dans la pratique, les marins doivent toujours, pour anticiper les écarts de niveaux d'eau, prendre soin que les amarres attachant le navire à quai ne soient pas trop tendues.
Deux navires coulés dans le port de Galati
En onze ans, le non-respect des règles a fait sombrer deux navires dans le port de Galati : le yacht Transilvania en 1979 et donc, le cargo Slatina, de 4 800 tonnes de port en lourds, en 1990. Aujourd'hui encore, l'épave du Slatina est un danger pour la navigation sur le Danube maritime, car il est à 40 mètres du chenal navigable utilisé par les navires à grand tirant d'eau. A l'automne 1990, la proue et la poupe du navire détruit ont été attachées au rivage avec des amarres pour que l'épave ne risque pas de glisser vers le chenal. Elles ont bien été changées en 1996, mais depuis elles ont rouillé. Et, avec la baisse du niveau d'eau, le navire vient de ressurgir à la surface.
Déjà en 1983, l'épave du Transilvania avait commencé à apparaître à la surface. Des blagues circulaient à Galati sur l'incompétence des communistes, qui avaient réussi à couler un navire… dans le port. Comme le niveau des eaux du Danube avait fortement décru, les autorités communistes avaient donné l'ordre de supprimer toute la masse métallique émergée, pour que les décrues suivantes ne dévoilent plus les signes de leur incompétence.
Le record d'épaves est toutefois détenu par le bras de Macin (un bras mort du Danube en aval de Bucarest), qui contient à lui seul 46 épaves. Selon l'Agence nationale pour l'environnement, ces navires ont été abandonnés par leurs propriétaires il y a des dizaines d'années et il est désormais impossible d'identifier ces derniers pour les obliger à assumer les frais du démantèlement, comme le prévoit la loi.
Quinze ans et 10 M€ pour renflouer le Rostock
Il y a deux façons de se débarrasser d'une épave, mais les deux sont coûteuses et difficiles. La première consiste à construire une sorte de barrage autour du navire pour assécher la zone ainsi isolée. L'autre méthode recourt à des coussins d'air placés sous l'épave, qui est ensuite soulevée puis tirée vers la rive. Les deux processus sont si coûteux qu'ils ne permettent pas d'amortir le renflouement des épaves.
Les autorités roumaines ont pourtant entrepris plusieurs actions d'envergure visant à nettoyer le delta du Danube de ses épaves, qui gâchent le paysage et gênent la navigation. L'action la plus spectaculaire fut le renflouement de l'épave du cargo ukrainien Rostock dans le canal de Sulina, l'un des trois bras du delta. L'Administration fluviale du bas Danube (AFDJ) de Galati a bataillé quinze ans avant de réussir à dégager cette épave du chenal navigable. Des experts américains et néerlandais ont fini par venir à bout de l'opération il y a quatre ans, après deux ans de manoeuvres qui ont coûté environ 10 millions d'euros et la vie d'un plongeur. Mais les ennuis sont loin d'être terminés: des centaines d'épaves encombreraient encore le delta.
Une épave chaque kilomètre ?
C'est un véritable cimetière naval que constituent les 200 épaves gisant dans le delta du Danube, et le ministère des Transports roumain a décidé en 2003 d'en finir. Selon les ONG de défense de l'environnement, il y aurait même 1000 épaves tout au long du cours du fleuve dans sa partie roumaine, soit 1 050 kilomètres et une chaque kilomètre. Ces épaves sont très polluantes : beaucoup abritent encore du combustible et des matériaux toxiques, sans compter la toxicité du métal rouillé.
Dans la plupart des régions que le Danube traverse en Allemagne et en Autriche, des écluses et des travaux de dragage le rendent navigable. Mais plus on avance en aval, vers la Roumanie et la Bulgarie, plus les risques de sécheresse et d'inondation augmentent. Sous la présidence hongroise, cette année, la Commission européenne a adopté une "Stratégie pour la région du Danube".
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