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Haro sur les médias !

Haro sur les médias !









   Le phénomène n’est pas nouveau, mais les empoignades suscitées par tous les grands débats qui agitent et divisent actuellement le monde lui ont donné une acuité particulière et inquiétante. De tous les côtés, c’est «Haro sur les médias !» et les journalistes sont devenus les personnages les plus décriés de la société. Ils mentent, ils déforment, ils exagèrent, ils caricaturent, ils cherchent le sensationnel… Il est de bon ton de les montrer du doigt, surtout, et presque exclusivement, si les faits qu’ils rapportent dérangent. Pourtant, le magazine télé d’Elise Lucet sur France 2, «Cash Investigation», qui s’efforce d’aller au fond des choses est devenue une des émissions préférée des téléspectateurs.
    En Turquie, Erdogan les met en prison pour qu’ils n’entravent plus sa marche vers la mise en place de sa dictature. S’il a failli échouer, lors de son plébiscite, c’est bien pourtant parce que des voix non-conformistes, relayés par les derniers journaux indépendants, se sont fait entendre. En Chine, où aucun média libre n’existe, une poignée de contestataires prend des risques insensés sur internet dans la clandestinité pour dénoncer le régime abominable imposé par le Parti communiste depuis 70 ans, refusant de se taire. Pourchassés, traqués, dénoncés, emprisonnés, battus et parfois éliminés, ils sont le dernier relais capable d’alerter sur l’imminence éventuelle d’un nouveau massacre, «façon Tien An Men».
    La Russie de Poutine ne prend guère plus de gants pour faire taire ses opposants. Après l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa, dénonçant les exactions de «l’Armée rouge» en Tchétchénie, c’est son principal opposant, Boris Nemtsov qui a été abattu au pied même du Kremlin. En 2015, juste après l'attentat de Charlie Hebdo, un jeune Moscovite se promenant avec une pancarte «Je suis Charlie» avait été condamné à 5 ans de prison.
   Le plus grave c’est que le grand frère, si honni autrefois, suscite des émules à sa porte même. Ainsi le délire nationaliste et raciste qui s’est emparé de la Pologne de Jarosław Kaczynski et de la Hongrie de Viktor Orban s’accompagne-t-il de la fermeture ou de la prise de contrôle des médias qui ne se montrent pas dociles.
   Dans les plus vieilles démocraties, comme les USA, la société doit pour partie d’avoir échappé aux mesures de Donald Trump, mettant en péril la liberté et la santé des citoyens à la mobilisation des grands journaux, comme le New-York Times ou le Washington Post.
   Qu’en est-il en France ? Une récente enquête menée par «Reporter sans Frontières» la classe au 43ème rang dans le monde pour la liberté effective de la presse. Au cours de la campagne présidentielle, des journalistes ont été pris à partie, menacés, voire battus au cours des meetings de Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon ou même François Fillon. Certes, les médias doivent se montrer particulièrement exigeants dans l’accomplissement de leur tâche… mais il ne faut pas oublier que, où la liberté de la presse recule, la démocratie recule !

                                                                                   Henri Gillet

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