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Josef Posipal, l’unique Roumain champion du monde de football

Pierre-Julien Pera (So foot)
Josef Posipal, l’unique Roumain champion du monde de football









Le défenseur de Lugoj, avait refusé l’offre du Real de Madrid


  En 1994, l’équipe nationale de Roumanie voit son rêve prendre fin. Vaincue par Thomas Ravelli et ses coéquipiers suédois aux tirs au but, la génération dorée du football roumain échoue aux portes des demi-finales de la World Cup américaine. Après avoir battu les favoris colombiens et argentins, la plus belle équipe roumaine de l’Histoire a cru en sa bonne étoile, mais ne sera jamais titrée championne du monde.
   Pourtant, un Roumain est bien inscrit au palmarès de la plus grande compétition. Et en bonne place. Quarante ans avant Hagi et les siens, Josef Posipal - plus connu sous le prénom Jupp -est en effet devenu, avec l’Allemagne de l’Ouest, le premier Roumain champion du monde.
   Lugoj, à l’ouest de la Roumanie. A 60 kilomètres de Timisoara, la ville de naissance de Bela Lugosi, le plus célèbre interprète de Dracula, est loin d’avoir connu une histoire footballistique aussi brillante et vivante que le chef-lieu du Banat. Quand l’une a empilé les années de gloire avec le Ripensia, le Chinezul et le Poli, sa petite voisine n’a guère connu le football de haut niveau. Le CSM Lugoj évolue aujourd’hui en Liga 3 quand l’autre équipe de la ville, répondant au doux nom d’Auxerre Lugoj, a disparu voilà quelques années. Mais la ville de Lugoj revêt un autre type d’importance footballistique, puisqu’elle peut s’enorgueillir d’être la ville de naissance de Josef Posipal.

                  Tenté un moment par l’Amérique

   Jusqu’à son adolescence, le jeune Josef touche à plusieurs sports : natation, athlétisme, patinage sur glace, tennis de table, ski ou encore handball. Des sports qu’il pratique encore à son arrivée en Allemagne. Mais c’est finalement vers le football qu’il se tourne. Un sport qui l’entoure depuis sa naissance. Et pour cause, à sa naissance en 1927, la ville de Timisoara connaît son âge d’or. Le Chinezul remporte cette année-là son sixième titre national consécutif. Un record encore inégalé en Roumanie. Puis dans les années 30, c’est au tour du Ripensia de Rudolf Bürger de dominer le championnat, avec quatre titres.
   Son premier contrat professionnel est signé en 1947 avec le SV Arminia Hanovre. Un contrat qui lui permet de vivre de sa passion. A l’aube de sa carrière, il évolue comme avant-centre. Avec une certaine réussite, puisqu’il marque 12 buts en vingt matchs pour sa première saison. Transféré au Hamburger SV, l’entraîneur Georg Knöpflele le prend sous son aile protectrice et la fait entrer dans les petits papiers d’un certain Sepp Herberger, le sélectionneur national.
   Dès sa première saison à Hambourg, en 1950, Posipal est appelé pour évoluer avec l’équipe d’Allemagne de l’Ouest dans un match amical contre la Suisse.
   Un problème se pose cependant : Posipal est Roumain et ne peut être sélectionné. Il lui a fallu attendre un an pour recevoir la nationalité allemande, et toute la persévérance d’Herberger pour l’empêcher de monter à bord d’un navire avec lequel il souhaite émigrer aux Etats-Unis.
  Le 17 juin 1951, devenu citoyen allemand, il joue enfin son premier match avec la Mannschaft. Un match remporté 2-1 face à Turquie où il opère comme arrière droit.

                   Considéré comme un des meilleurs
                   joueurs du monde

   Rapidement, le jeune Posipal est considéré comme l’un des meilleurs joueurs du monde, que ce soit comme défenseur ou milieu défensif. Il tire de ses années de pratique de l’athlétisme des capacités physiques supérieures à la moyenne, auxquelles il ajoute une parfaite précision de passe et une vision du jeu extraordinaire. Ce qui fait de lui un joueur complet. Durant ses neuf saisons passées à Hambourg, le HSV remporte à huit reprises l’Oberliga Nord, le club le considérant comme l’un de ses plus grands joueurs. Le Roumain a d’autant plus conquis le cœur des supporters qu’il a refusé en 1952 l’offre du Real Madrid pour rester au HSV, l’équipe de sa vie. Josef Posipal sera même retenu pour le match de gala opposant l’Angleterre à une sélection mondiale.
   
                 Les deux enfants de Lugoj face à face

   En 1954, le Roumain connaît l’apogée de sa carrière avec un titre mondial. Une Coupe du Monde remportée avec la RFA au bout du célèbre Miracle de Berne. Aux côtés d’Helmut Rahn et de son capitaine Fritz Walter, Jupp Posipal est une pièce maîtresse de l’équipe d’Herberger. Il dispute ainsi l’intégralité des matchs de qualification, à un poste de milieu défensif auquel il s’est habitué en sélection.
   Le Mondial suisse est lui tout sauf une promenade de santé. Malmené lors de la défaite 8-3 face à la Hongrie en phase de groupe, Posipal se blesse à la cheville avant le quart de finale face à la Yougoslavie. Mais Stepp Herberger est têtu, et veut l’aligner coûte que coûte lors de la demi-finale face à l’Autriche. C’est ainsi qu’à peine remis, Posipal est titularisé, non pas comme milieu défensif, mais arrière droit, comme lors de sa toute première sélection. Un poste auquel il est alors moins habitué, mais où il brille. Au point d’y être reconduit pour la finale face à la grande Hongrie de Puskas, Kocsis et Gyula Grosics. L’équipe de RFA devient championne du monde après sa victoire 3-2 face aux Magyars.
   Sur son côté droit, Posipal retrouve une vieille connaissance. Son adversaire direct, Zoltan Czibor, est aussi un enfant de Lugoj, tout comme lui ! Né à Kaposvár, à l’ouest de la Hongrie, Czibor était arrivé rapidement à Lugoj avec ses parents. Dans la petite ville, Posipal et Czibor, qui n’ont que deux ans d’écart, fréquentaient la même école, les mêmes parcs, et peut-être les mêmes équipes juniors du Vulturii Lugoj.
   Les deux garçons se connaissaient, s’appréciaient et discutaient ensemble en hongrois lors de la grande finale. Quel que fût le résultat du match, la petite ville du Banat aurait donc vu de toutes façons un de ses enfants soulever le Trophée Jules Rimet.
  Pour sa contribution à la victoire de la Mannschaft, et comme ses coéquipiers, Posipal recevra 200 marks pour chacun des matchs joués lors de la Coupe du Monde, 2500 marks de prime de victoire et un appartement de trois pièces à Hambourg. Et la société pour laquelle il travaillait lui offrira une Vespa.

                   Une blessure toujours vive

  Cinq années après sa première sélection, Josef Posipal disputera le dernier de ses 32 matchs avec l’équipe nationale de RFA. Le 15 septembre 1956, cette dernière est battue 2-1 par l’URSS à Hanovre. Et deux ans plus tard, il met fin à sa carrière, à 31 ans seulement. Durant ses neuf années passées à Hambourg, il a disputé près de 300 matchs avec le HSV, toutes compétitions confondues, marquant 58 buts et sera fait Citoyen d’Honneur de la ville de Munich. Signe de son immense popularité, il sera un des rares joueurs bénéficiant à cette époque d’un match d’adieu pour son départ à la retraite. Un jubilé opposant son club de Hambourg au Sparta Prague auquel assisteront 80 000 spectateurs.
   Sa carrière terminée, Posipal ne s’éloigna pas des terrains. Il occupe ainsi plusieurs postes au sein du staff du HSV, tout en devenant responsable des ventes pour le nord de l’Allemagne dans une usine de meubles rembourrés qu’il a créé à Cobourg, en Bavière. Marié à Gisela, joueuse de handball à Hambourg, Jupp a eu de leur union deux enfants, Claudia et Peer.
   Mais un mal le ronge. Josef Posipal ne s’est en effet jamais vraiment remis des affres de sa jeunesse. Son travail à la fabrication de munitions lui cause de profonds remords. Surtout, sa brutale séparation avec sa mère et sa famille l’a marqué. Posipal est victime de dépression, des épisodes répétés où il parle sans arrêt des siens, restés de l’autre côté du Rideau de Fer. Il est soumis à un traitement thérapeutique intensif. Un premier accident cardio-vasculaire le prive de la parole pendant un temps puis, le 21 février 1997, il s’éteint, à 69 ans, des suites d’une insuffisance cardiaque.

                  Aujourd’hui, oublié par les Roumains

   Malgré l’aura qui l’entoure au sein du HSV, le souvenir du grand joueur qu’il était s’est doucement éteint. Son nom est encore moins connu en Roumanie, dont il est pourtant le seul natif à avoir remporté le titre mondial. Si son souvenir s’est estompé, sa famille est restée présente dans le monde du football. Son fils Peer a fait l’ensemble de sa carrière à l’Eintracht Braunschweig et au Preuben Münster, dans les deux premières divisions allemandes. Formé au HSV, son petit-fils Patrick évolue lui actuellement au SV Meppen, en Regionalliga Nord, à 28 ans. Un fils et un petit-fils qui succèdent également à leur illustre aïeul au sien de on usine de meubles de Cobourg. Pour que sa mémoire se perpétue.

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