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L'Europe des barbelés

L'Europe des barbelés
   Anciens pays communistes contre vieux états Européens ? La crise des réfugiés montre que l'Europe est loin d'avoir terminé sa réunification. Non pas que les pays occidentaux aient fait assaut de générosité, mais les pays de l’Est ont fait bloc pour rejeter comme "inacceptable" l'idée d'une répartition des réfugiés, avant de se raviser, à contre-cœur, sous les pressions et les menaces à peine voilées d'un éclatement de la Communauté européenne.
   Les nouveaux venus dans l'UE n'en voulaient pas et n'ont eu aucun état d'âme à le dire. Les discussions de marchands de tapis sur les quotas ont traumatisé certains participants par le fossé intellectuel, culturel et mental qu’elles révélaient entre deux types de société réunis au sein de ce qu'ils croyaient être une communauté de valeurs.
   Après 1989, la vieille Europe scrutait avec suspicion les capacités d'intégration de la nouvelle Europe centrale, des pays baltes jusqu'à la Roumanie et la Bulgarie, comp- te tenu de son histoire, ses traditions politiques et de l'état de son économie. Mais elle avait tendu la main. Aujourd'hui pourtant, ce clivage ressurgit au sein de l'Europe unie. Cette fois-ci, il revêt une dimension morale. Il concerne sa capacité à manifes- ter sa compassion et à apporter une aide pratique à des réfugiés désespérés, même si elle n'est pas responsable de la déstabilisation des pays dont ils sont originaires.
   Certes, contrairement aux Etats qui ont derrière eux un passé colonial et impérial et qui, après la guerre, ont largement ouvert leurs frontières à l'immigration, les pays de l'Europe de l'Est n'ont pas l'expérience de vivre au quotidien avec des gens venus de pays lointains et de sociétés différentes.
   Certes, leur situation économique et sociale, les difficultés quotidiennes qu'éprou- vent leurs populations, loin d'avoir le niveau de vie des vieux états membres, expli- quent bien des réticences et des appréhensions. Certes, les réfugiés d'aujourd'hui peuvent inquiéter, n'ayant ni la même culture, ni la même religion, ni les mêmes habitudes de vie.
   Mais la Hongrie, qui installe des barbelés à sa frontière roumaine, peut-elle oublier, qu'en 1989, elle leur avait donné de sérieux coups de cisailles, ouvrant les portes de l’espoir à 60 000 réfugiés de RDA, entraînant la chute du rideau de fer ?
   Peut-elle oublier aussi que 200 000 de ses concitoyens ont trouvé un asile à l'Ouest, en novembre 1956, après que 2500 aient été abattus par les Soviétiques, lors de l'insurrection de Budapest ? Les Hongrois d'alors rêvaient de liberté mais aussi d'une vie meilleure et non pas de voir installer de nouveaux barbelés.
   L'Europe commune s'est construite sur des fondements de solidarité. Elle perdrait son âme si elle se destinait à devenir uniquement une immense forteresse aux murailles infranchissables, la coupant du reste du monde. Henri Gillet

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