Les pieds en France…la tête en Roumanie
A Mayenne comme à Novaci, Michel Pichon a su communiquer sa passion pour l’amitié franco-roumaine aux équipes d’adultes qui encadrent les jeunes des deux communes.
Salut Michel !"… C'est bref, joyeux, amical et direct. Michel Pichon l'entend à chaque coin de couloir du lycée rural de Rochefeuille, à Ernée, dans la Mayenne. Comme tous les automnes depuis 2009 (lire aussi en page 53), l'ancien trésorier d'Opération Villages Roumains vient d'accompagner les élèves de terminale à Novaci, dans le judet de Gorj. Aujourd'hui, en compagnie de sa complice, Claire Cariou, la prof de maths, il est passé dresser le bilan du dernier voyage dans cette commune de 5000 habitants, niché à 300 mètres d'altitude au coeur des Carpates méridionales. Il peut se frotter les mains: encore des jeunes auxquels il a fait découvrir une part de la vraie Roumanie et l'aideront à la débarrasser des clichés qui lui collent à la peau.
Le Mayennais se fait un devoir de mettre les jeunes dans le coup. "Il faut savoir leur parler!" tonne-t-il. A 61 ans, inamovible président de Mayenne-Novaci, il montre l'exemple: la moitié des membres de l'association ont moins de 30 ans. Il l'avait créée en 1989 avec 5-6 copains mayennais, encouragé par le maire, alors qu'il était conseiller municipal. Le premier camion d'aide humanitaire avait pris en juillet 90 le chemin de Murgasi, près de Craiova, commune attribuée par OVR. Au fil des ans, un médecin roumain guidera finalement les pas de l'association vers Novaci, commune plus appropriée.
"Quand j'ai découvert la Roumanie… je suis tombé dedans"
"Quand j'ai découvert la Roumanie… je suis tombé dedans" confie l'ancien ajusteur qui, pourtant, avait toujours été intrigué par ce pays. Pendant son service militaire, il s'ennuyait tellement, qu'il filait chaque matin acheter "Le monde" se plongeant toute la journée dans l'actualité. "J'avais été épaté par Ceausescu refusant de participer à l'invasion de la Tchécoslovaquie en 1968" se souvient-il. Passionné de hand-ball, le jeune bidasse admirait aussi l'équipe roumaine qui dominait la discipline, et suivait avec intérêt le traditionnel France-Roumanie de rugby qui ouvrait la saison internationale.
Depuis 1990, Michel Pichon a eu amplement l'occasion de faire connaissance avec la Roumanie, y effectuant 37 voyages, au rythme de 2-3 par an. Parfois en avion, souvent en camionnette, dans le vieux C25 qui lui permet d'emmener 7-8 jeunes. Et dernièrement dans la Dacia break qu'il vient d'acquérir, sur laquelle il ne tarit pas d'éloges. Sûr… la firme de Pitesti, où son fils Pascal a effectué un stage de quatre mois en 2005, assistant au lancement de la Logan, pourrait l'embaucher comme vendeur! D'ailleurs n'a-t-il pas placé aussi une Sandero à un autre de ses enfants et une seconde à sa propre soeur?
"Papa, quand tu parles de la Roumanie,
tu perds vraiment tout sens de la mesure !"
Eh oui… Il est difficile d'échapper à la Roumanie quand on fait partie de l'entourage de Michel Pichon ! Pourtant le jeune retraité n'y limite pas son horizon, s'impliquant dans les comités de jumelage de Mayenne avec l'Allemagne et l'Italie, présidant le comité départemental de tir et organisant des concours avec la ville jumelle anglaise de Deviizes. Il trouve aussi du temps pour ramasser des pommes et faire son cidre, partir aux champignons, ne rate pas l'ouverture de la chasse.
Bien sûr, toute la famille, et même la belle-famille Pichon, n'ont pas échappé au voyage en Roumanie. Michel a aussi enrôlé Laurent, son aîné, pour encadrer un camp de langue française à Piatra Neamt. D'autres jeunes mayennais ont été embauchés pour des échanges d'animateurs ou des chantiers écologiques. A Novaci on parle encore de l'été où l'on a vu ces Français débarquer en bottes pour nettoyer rivière et ruisseaux. Quelques années auparavant, Michel avait fait également sensation quand il était arrivé à la tête d'un groupe de cinq jeunes banlieusards parisiens pour baliser les sentiers de montagne: cinq Noires et un Beur! Dans les Carpates, on en était tombé sur le derrière… Il a même trouvé moyen de faire faire découvrir la chanson française aux jeunes du collège de Novaci par un jeune Mayennais parti en stop à Katmandou, guitare en bandoulière !
Avec Michel, pas besoin de dépliants touristiques pour se laisser convaincre de venir passer ses vacances en Roumanie. Il suffit de l'écouter parler de ses promenades dans les forêts à la recherche des cèpes et des fruits des bois, de ses randonnées sur la crête des collines à observer les éclipses du soleil, des méchouis avec ses amis en haut du mont Popusa, dominant les vallées, de ses parties de pêche. Et de sa sauce tomate, "des vraies, pas celles de Leclerc", qu'il fait cuire au feu de bois, remplissant les bocaux ramenés de Mayenne et qui prennent place au retour dans le coffre de la Dacia, aux côtés de quelques bouteilles de visinata, et d'une vingtaine de packs de bières, Ursus, Timisoreana, Silva… histoire de rester branché Roumanie pendant l'hiver mayennais. Un de ses fils hoche la tête: "Papa, quand tu parles de la Roumanie, vraiment tu perds tout sens de la mesure !".
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