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Les retraites mettent à mal le budget d’État

Iulian Anghel, Ziarul Financiar (www.lepetitjournal.com/Bucarest)
Les retraites mettent à mal le budget d’État









Trop peu de contribuables cotisent pour les retraites.


 Tous les économistes sont d’accord pour dire que le gouvernement risque de dépasser cette année le seuil des 3% du déficit budgétaire (limite admise par les réglementations européennes), mais la question est de savoir de combien cette norme va être dépassée.
  Pour ceux qui ne sont pas des économistes, cette question peut paraître anodine. Mais, en réalité, cette problématique devrait susciter un maximum d’intérêt, car elle pose la question de ce que fait l’État avec l’argent public et surtout de ce qu’il fait quand il n’en a plus.
  Le déficit budgétaire représente l’argent dont l’État manque mais qu’il dépense grâce aux emprunts. Or, en ayant recours à des emprunts, année après année, l’État accumule une dette qui, à un certain moment, devra être acquittée. Cette situation peut devenir très grave avec le temps et ressembler à ce qui se passe en Grèce. Les Grecs sont aujourd’hui révoltés par les sacrifices qui leur ont étés imposés (coupes salariales, taxes élevées, économie au point mort entraînant un manque d’offres d’emploi) et beaucoup d’entre eux se demandent pourquoi cela leur arrive. La réponse est assez simple: ils payent aujourd’hui pour ce qu’ont dépensé leurs compatriotes, il y a 20 - 30 ans. Les jeunes grecs assument la dette de leurs parents et de leurs grands-parents, car on hérite des biens mais, malheureusement, des emprunts aussi.
   Voilà pourquoi quand le gouvernement y a recours, les citoyens devraient se poser la question de savoir qui remboursera les dettes et dans quel but le gouvernement les fait.

                 Le déficit du fond des retraites représente 3,5 du PIB

   Dans le cas de la Roumanie, un court examen met en évidence une réalité, bien cachée dans les statistiques pour le moment, mais qui finira par exploser un jour: le déficit budgétaire lié aux retraites est devenu, depuis trois ans, supérieur au déficit budgétaire total du pays. Autrement dit, tout l’argent que la Roumanie emprunte, augmentant ainsi sa dette publique avec 2-3% du PIB chaque année, ne suffit plus pour couvrir le manque dans le budget public pour les retraites. Malgré tout, le gouvernement a augmenté cette année les retraites, bien au-dessus des majorations acceptées par la loi (l’indexation des retraites avec le taux de l’inflation et une majoration qui représente 50% de la croissance économique annuelle).
   D’autre part, il est vrai que les retraites en Roumanie sont très basses, une retraite moyenne étant aux alentours de 230 euros. D’autre part, l’effort imposé au budget à travers ces majorations est immense: en 2017, le déficit du fond des retraites va atteindre les 28 milliards de lei (6,2 milliards d’euro, ce qui équivaut à 3,5% du PIB), ce qui est déjà au-dessus de la somme prévue pour le déficit budgétaire, de 24 milliards de lei (5,3 milliards d’euro), et dont la limite a été établie à 2,96% du PIB.
   En pratique, tous les emprunts effectués par la Roumanie cette année, ont principalement comme but de couvrir le déficit lié aux retraites. C’est ce qu’ont fait les Grecs il y a 30 ans: ils ont emprunté pour pouvoir majorer les retraites et les salaires, mais l’addition est supportée aujourd’hui par d’autres Grecs qui payent ce qu’ils n’ont pas décidé.

                     Augmenter les cotisations et le nombre de cotisants

   Il existe beaucoup d’explications quant à cette situation difficile dans laquelle se trouve le système des retraites roumaines. Premièrement, en Roumanie, il y a trop peu de contribuables qui payent pour le système des retraites. Dans une population active de plus de 9 millions de personnes, les salariés, donc ceux qui payent des contributions standard pour les retraites, sont seulement la moitié. Il y a aussi les 380 000 de personne qui travaillent en régime indépendant et qui bénéficient d’un régime fiscal plus souple, ce qui signifie moins d’argent pour le fond des retraites. Enfin, il faut rajouter les retraites dites «spéciales» qui ne se basent pas sur les contributions, mais qui sont beaucoup plus élevées que les retraites moyennes, et augmentent fortement le déficit.
   L’année passée, dans les dépenses de 58 milliards de lei (13 milliards d’euros) du système public des retraites, les subventions du budget d’État (à travers les emprunts) étaient de 21 milliards de lei (4,7 milliards d’euros), c’est-à-dire 36% du fond des retraites. Cette année, le déficit du fond des retraites va atteindre les 28 milliards de lei. Si les choses ne changent pas, dans un futur imminent, les retraites vont briser la colonne vertébrale du budget d’État.
  Le gouvernement doit rester attentif quant à la situation des retraités, mais doit aussi couvrir les manques, soit par des mesures qui augmentent la masse des personnes qui payent les contributions aux retraites, ou, même si cela peut paraître dur, en augmentant les contributions aux retraites.
  Le gouvernement roumain n’a pas le droit de répéter l’erreur commise par la Grèce et ainsi obliger les enfants d’aujourd’hui à payer demain ce qu’ont dépensé leurs grands-parents.

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