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Nectaire, épicier le jour, prêtre le soir

Alexandre Salle (La Nouvelle République)
Nectaire, épicier le jour, prêtre le soir









Le bio et le respect de la nature élevés au rang de religion.


   Depuis le 23 décembre dernier, Nectaire Mocanu tient une épicerie de produits d'Europe de l'Est et de Grèce, au 31 rue Néricault-Destouches à Tours. Responsable de la paroisse roumaine de la cité ligérienne et de Châteauroux, il rénove la chapelle des Lazaristes, rachetée en 2012 à la Ville par la métropole orthodoxe roumaine et qui ne permet pas de recevoir du public, encore moins d'y faire l'office. Pour vivre et entretenir l’édifice, il tient une épicerie, l'épicerie Anica, qui a quelque chose de spécial : le tenancier est prêtre !
   Les parents de Nectaire tiennent une supérette à Bucarest depuis 26 ans. Un choix d'activité évident pour le fils. «On a pu ouvrir l'épicerie grâce à la vente de terres en Roumanie appartenant à mon arrière-grand-mère Anica», assure-t-il.
  Travailler n'effraie pas le prêtre de 40 ans, lui qui est arrivé à Paris en 2001 pour ses études et qui a été aide-soignant quatre ans puis traducteur au tribunal de grande instance de Paris.
   La boutique a ouvert le 23 décembre rue Néricault-Destouches. Nectaire est épaulé par sa mère, les produits sont expédiés par le père depuis la Roumanie.
   Le bio et le respect de la nature y sont élevés au rang de religion. Le rythme est infernal : ouvert du lundi au samedi, à midi, Nectaire prépare des sandwichs, des jus pressés, fait le tour du propriétaire avec tous les nouveaux clients. Pas question pour lui de mélanger la robe et le tablier. Seul signe distinctif, accroché sur sa chemise : une médaille de saint Martin, un saint commun entre catholiques et orthodoxes.

                 300 000 euros à trouver

   «Je ne porte jamais la soutane ici, c'est une question de respect, de laïcité, juge l'homme. Mais c'est important que les gens comprennent que le prêtre n'est pas qu'un homme d'Église, qu'il peut écouter hors des églises».
    Pas de prosélytisme, au point que la majorité des clients ignorent sa double vie. «Je ne le savais pas au départ, reconnaît Nahuel. Depuis, je lui pose des questions sur les sujets religieux, sur son pays. Ce qui m'attire ici, c'est le brassage de cultures et la générosité du lieu, ici tu goûtes tout avant de manger».
    Depuis l'ouverture, Nectaire a pris deux jours de congés : Noël et le Jour de l'an. Après la fermeture, il file à la chapelle. «J'ai besoin de me retrouver seul, de prier pour retrouver de l'énergie»… Et recommencer dès le lendemain, un sacerdoce.
    Le toit de la chapelle des Lazaristes, consacrée à… saint Nectaire, est ajouré, les vitraux cassés, la végétation sauvage… Pas plus de douze personnes peuvent venir en signant une décharge. Nectaire nettoie et défriche les lieux, quasi seul. «On manque de bras pour restaurer ce bijou», souffle le religieux. Il manque 300 000 euros pour les travaux. Le prêtre tente de réunir les fonds, en vendant des bougies, en organisant des concerts…

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