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Paris-Bucarest : quinze ans de bisbille

Paris-Bucarest : quinze ans de bisbille









 Des relations pas franchement cordiales entre Traian Basescu et Nicolas Sarkozy.

  Le climat des relations franco-roumaines s’est à nouveau tendu depuis la rentrée, Paris s’étant opposé avec véhémence à l’entrée de la Roumanie dans l’espace Schengen, lors du dernier conseil européen des ministres des Affaires étrangères, alors que les Roumains s’indignaient du scandale de corruption touchant le prix de l’eau à Bucarest, mettant en cause la multinationale française Veolia.
  Les quinze dernières années son loin d’avoir été un long fleuve tranquille entre les «deux sœurs latines», si on se remémore les incidents de parcours qui ont émaillé leurs relations :
  2002 : Jacques Chirac tance vertement les Roumains pour avoir pris position en faveur de l’envoi de troupes aux côtés des Américains en Irak, alors que ceux-ci tentent d’opposer «la vieille Europe» à la nouvelle. «Vous avez perdu une bonne occasion de vous taire» leur lance-t-il.
  Octobre 2004 : Pendant la campagne électorale, le candidat Basescu à la Présidence accuse le Premier ministre français Raffarin d’être venu chercher sa part de gâteau auprès de son homologue roumain Adrian Nastase que la France soutient ostensiblement.
  Une impressionnante délégation de ministres et hommes d’affaires l’accompagne pour signer d’importants contrats : tronçon Comarnic-Brasov (toujours pas achevé) de l’autoroute Bucarest-Brasov, privatisation de Distrigaz sud, etc.
  Bien que considéré comme le politicien roumain le plus corrompu, Adrian Nastase a été fait grand officier de la légion d’honneur en 2002, distinction qu’il conservera malgré sa condamnation à deux ans de prison en 2012. De même, un de ses ministres, Serban Mihailescu (dit Micky Spaga… Micky le Bakchich !) recevra la «prestigieuse» décoration, ainsi que d’autres personnalités roumaines de premier plan, impliquées dans de nombreux scandales.
  Décembre 2004 : Elu président, Traian Basescu annonce qu’il veut privilégier un axe Bucarest-Londres-Washington à forte teneur atlantiste, au détriment de l’Europe continentale, provoquant l’ire de la France. Depuis cette époque, les relations franco-roumaines n’ont jamais retrouvé leur niveau antérieur.
  Juillet 2010 : A Grenoble, Nicolas Sarkozy, stigmatise les Roms dans un discours. Les Roumains qui se sentent visés s’indignent et leur ministre des Affaires étrangères parle de «dérapage populiste». L’annonce par Sarkozy de la vente de deux porte-hélicoptères Mistral à la Russie provoque l’indignation de Basescu (mais aussi de la Pologne et des Pays baltes) qui trouve inadmissible que la France renforce les moyens militaires d’un adversaire de l’OTAN, alors qu’il agresse la Géorgie en y entretenant la subversion.
  Septembre et novembre 2011 : Lors du Conseil européen et du sommet des chefs d’Etat de l’OTAN, les échanges musclés entre Traian Basescu et Nicolas Sarkozy surprennent les témoins. Apparaissent les premiers signes montrant que Paris n’est pas disposé à accepter l’entrée de la Roumanie dans Schengen.
  Fin 2011 : La France s’oppose frontalement à l’entrée de la Roumanie dans Schengen, en compagnie de l’Allemagne, les Pays Bas et la Finlande.
  2012: L’ambassadeur de France en Roumanie, Henri Paul, quitte ses fonctions sans être décoré par Traian Basescu, contrairement à la tradition en ce qui concerne les diplomates occidentaux.
  Octobre 2014 : En pleine élection présidentielle roumaine, une photo montrant la candidate Elena Udrea («la blonde» du Président Basescu) faisant des achats à Paris avec la cheftaine du Diicot (lutte contre le crime organisé, actuellement en prison) déclenche un scandale.
  On y subodore des manigances entre les services secrets des deux pays pour décrédibiliser l’entourage de Basescu, alors que Victor Ponta est donné favori de l’élection (remportée par Klaus Iohannis). Une nouvelle fois, la France a choisi le mauvais cheval.

                   Des légions d’honneur à tir-larigot

  Mars 2015 : Le maire de Bucarest, Sorin Oprescu reçoit les insignes de chevalier de la légion d’honneur des mains du ministre des Anciens combattants Jean-Marc Todeschini, à l’ambassade de France.
  Pendant la cérémonie, une manifestation réunit devant l’ambassade environ 150 personnes qui protestent avec indignation, soutenue par des centaines de messages d’internautes, outrées que la France se compromette autant. Après l’arrestation de Sorin Oprescu, et devant le scandale monstre, l’ambassade a laissé entendre que sa décoration pourrait lui être retirée, selon la pratique de la légion d’honneur, en cas de condamnation… ce qui n’a pas été le cas pour Adrian Nastase.
  Septembre 2015 : Le scandale Apa Nova met en cause la mairie de Bucarest et la multinationale française Veolia.
  Réaction très dure de François Hollande et de l’ambassade de France à Bucarest, à l’encontre des quatre pays est-européens (Roumanie, Hongrie, République Tchèque, Slovaquie), qui ont voté contre les quotas de réfugiés : «S’ils ne partagent pas les valeurs européennes, ont-ils leur place dans l’UE ?» demande-t-il.
  Octobre 2015 : Le conseil européen des ministres des Affaires étrangères ferme la porte de Schengen à la Roumanie et à la Bulgarie. La France serait le pays qui s’y est opposé le plus véhémentement. Toutefois, il ne faudrait pas oublier que, malgré ces dissonances, la France a été le meilleur avocat de la Roumanie pour lui permettre d’entrer dans l’Union Européenne dès 2007, alors que d’autres pays voulaient repousser l’échéance.

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