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Près de 20 ans de passion

Près de 20 ans de passion
  Voici près de 20 ans, paraissait le premier numéro des “Nouvelles de Roumanie". La passion, lucide, de ses deux fondateurs - Henri Gillet et Dolores Sirbu-Ghiran - pour ce pays, a eu souvent du mal à résister à la pression des évènements. Comment ne pas s'indigner du traitement inepte que lui réservaient les médias occidentaux ? Comment ne pas se révolter devant la permanence d'un système corrompu et d'une société méprisant ses citoyens?
  Oui, il fallait garder la tête froide pour bien parler de la Roumanie. Dire sans relâche ce qui la défigure. La comprendre dans sa fragilité, ses interrogations. L'aimer pour son authenticité et son génie. En essayant de ne pas se tromper… Rude tâche. Pour saisir un pays, il faut le connaître. Internet et ses milliers de sites permettent cette gageure. Aux "Nouvelles", entre huit et dix heures par jour ont été consacrées à leur découverte. Grâce à cet outil, journaux roumains, magazines et revues, ont été épluchés quotidiennement. Sans Internet, "Les Nouvelles de Roumanie" n'auraient pas existées. Les chaînes de télévision roumaines captées par le satellite, et regardées chaque soir, le téléphone, dont l'importance se faisait particulièrement sentir au début… lorsque sa facture arrivait, complétaient ce dispositif.

                      Mille savoir-faire et vingt métiers différents

  Bien sûr, il ne fallait pas se limiter à donner une image virtuelle de la Roumanie, mais l'expliquer, la faire comprendre, ressentir. D'où des voyages de plus en plus fréquents de l'équipe des "Nouvelles". Tous les deux mois pour Dolores Sirbu-Ghiran, une ou deux fois l’an pour Henri Gillet. Un mois sur place pour la plupart, deux mois pour le plus long… Et les multiples rencontres, reportages, interviews, découvertes, qu'ils ont engendrés.
  Au fil des numéros, la Roumanie et le magazine ont envahi la vie de leurs concepteurs. Les semaines sont passées à deux fois 35 heures, les week-ends et les fêtes ont été oubliés. Lors des réveillons, le champagne du Nouvel an a servi surtout de pause dans le bouclage de la revue qui s'achevait dans l'effervescence. En déplacement, la lecture des journaux roumains et le suivi de l'actualité était toujours de rigueur. L'ordinateur portable permettait de grappiller sur les moments libres, les longs trajets en train, les attentes aux aéroports, pour taper quelques articles.
  Faire un journal demande mille savoir-faire. D'écrire à le poster, chaque stade de sa fabrication exige connaissance des règlements, des pratiques. Etre comptable, maquettiste, correcteur, journaliste, administrateur, surveiller les abonnements, répondre en roumain au téléphone, écrire en français et comprendre l'anglais sur Internet… au total, ce sont près de vingt métiers ou tâches, parfois très éloignés, qu’a requis la sortie de chaque numéro. A partager à deux…

                     Une immense tendresse à l'égard d'une Roumanie qui irrite

  Evidemment, pour Henri Gillet, ce n'était pas la pré-retraite tranquille envisagée au terme d'une carrière de 30 ans dans le journalisme, avec l'idée de faire un magazine comme passe-temps. La passion du métier a vite repris le dessus avec, enfin, ce rêve à portée de main : faire un journal à soi, professionnel, exigeant en qualité, déterminé à rendre compte de la réalité, même s'il faut prendre des risques pour cela, et soucieux de l'expliquer. Avec l'indépendance et la liberté en prime. Un journal qui ne soit pas inodore, sans saveur, sans couleur, mais qui n'hésite pas à s'engager quand cela lui paraît nécessaire.
   Pour Dolores Sîrbu-Ghiran, la volonté était trop forte de faire découvrir son pays, injustement méconnu, avec ses travers s'il le faut, ses richesses, ses interrogations, et ainsi faire oublier les clichés réducteurs dont on l'affuble. Pour tous les deux, sans-doute une immense tendresse à l'égard d'une Roumanie qui les irritait autant qu'elle les émouvait.
   C'était une aventure de se lancer dans "Les Nouvelles". Il fallait miser sur l'existence de lecteurs frustrés par le manque d'informations sur ce pays. Ils existaient, même s'ils n’étaient pas très nombreux. Sans moyen financier, il ne fallait pas, non plus, trop écorner la modeste pré-retraite, qui suppléait aux abonnements et a permis à la revue et à ses créateurs de vivre.
   Mais la passion permet de soulever des montagnes. Pendant la "révolution" de décembre 1989, Henri Gillet, en reportage pour son journal, mais aussi chargé de mettre en place l’aide humanitaire de sa région, avait été arrêté à l'orée d'un village par un groupe de révolutionnaires qui voulaient empêcher d'éventuels commandos de la Securitate d'y entrer. Parmi eux, une jeune femme, Dolores Sîrbu-Ghiran, qui pointait sur sa poitrine une kalachnikov plus intriguée que menaçante. De cette rencontre inattendue sont nées, quelques années plus tard, "Les Nouvelles de Roumanie".

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