Sur les traces des loups, ours et chevaux sauvages du Maramures
En été, sur le haut des falaises, on peut apercevoir des troupeaux de 300-400 chevaux revenus à l’état mi-sauvage.
Journaliste, photographe, écrivain, archéologue à ses heures, guide aussi, Teofil Ivanciuc est sans-doute celui qui connaît le mieux le Maramures. Depuis son adolescence, il a parcouru à pied 7000 à 8000 kilomètres, à travers les vallées de son pays natal, seul, carnet de notes et appareil photo en bandoulière. Il n'est pas un village, une ferme qui n'ait reçu sa visite, un paysan du coin qui ne le salue. Il nous parle de sa région, de sa flore, de ses animaux, de ses habitants.
L’ours des Carpates, reconnaissable à son collier blanc est beaucoup plus impressionnant que le loup (voir ci-dessous). Présent aussi dans le Maramures, c'est le plus grand animal de la montagne, avec ses 2 m 50 de haut et ses 350 kg. Même jeune, à 3-4 ans, il fait peur. Il se déplace plus vite que les chevaux, qu'il course et rattrape pour les dévorer. Bondissant comme un chamois, il grimpe ou dévale des pentes de 30 % à 50 km heure… mieux que les 4x4 ! Seul le lièvre, plus prompt au démarrage peut lui échapper. Si on n'a pas d'arme à portée de main, qu'on ne peut pas se réfugier à l'intérieur d'une voiture solide… on se trouve mal. Seul le bruit peut le faire déguerpir. Crier? On peut toujours essayer… Les bergers utilisent des pétards.
Le géant des Carpates plus dangereux à Brasov
que dans le Maramures
Voici cinq-six ans, à Borsa, pendant l'été, un groupe de bûcherons coupant du bois dans la montagne, à près de 1500 mètres, a vu sa dernière heure arriver. Un gamin de 14 ans, se promenant dans la forêt, pendant que les adultes travaillaient, est tombé nez à nez avec un ourson de trois-quatre mois. Il a joué avec lui et a décidé de le ramener sous son bras pour le montrer. Dans les minutes qui ont suivi, sa mère a rappliqué, en furie. Ne demandant pas leur reste, les chiens se sont enfuis. Tout le monde s'est précipité dans une bergerie pour s'y barricader. L'ours a commencé à secouer la bâtisse et à la démolir, bien qu'on lui ait rendu son ourson. Sa folie destructrice ne s'arrêtait pas. La mère réussit presque à se frayer un passage dans les décombres qui restaient debout, devant les assiégés qui ne savaient plus quoi faire. L'un d'entre eux réussit à mettre en marche une tronçonneuse sans parvenir toutefois à enrayer sa marche en avant. C'est seulement quand, dans un réflexe désespéré, il a commencé à lui entailler une patte qu'elle a rebroussé chemin.
Heureusement, ce genre de mésaventure n'arrive pas souvent. L'ours des Carpates n'a pas pour habitude d'attaquer, sauf donc si on s'en prend à ses petits, qu'il est blessé ou qu'on lui cause un stress. Il évite les humains qu'il redoute, si bien que dans le Maramures ou en Bucovine, on peut camper en pleine nature sans problème.
Il en va tout différemment dans la région de Brasov, où on dénombre chaque année des attaques mortelles de randonneurs inconscients, étrangers le plus souvent, qui ont planté leurs tentes en pleine forêt. Là, en venant chercher leur pitance dans les poubelles de la grande ville, les ours ont appris à côtoyer les hommes, n'en ayant plus peur, ce qui a radicalement modifié leur comportement.
La vie de forçat des chevaux
Si on parle d'une vie de chien, dans le Maramures, il faudrait plutôt dire "une vie de cheval", du moins pour ceux que les paysans utilisent à tracter leurs charrettes,chargées de bois, montant et descendant des pentes de plus de 30 %. Véritables forçats, ils peinent à avancer sous les coups redoublés de leurs maîtres qui les injurient. Une vision terrible ! Ces pauvres animaux meurent en moyenne à l'âge de 12 ans, alors que ceux auxquels on épargne ces tâchent atteignent les 20 ans. Seul moment de répit, les deux mois d'été où l'on a moins besoin de leurs services. Trois quarts de leurs propriétaires les relâchent alors dans la montagne pour des "congés payés".
Là, ils vivent à l'état semisauvage, vaguement surveillé par un gardien. On peut les apercevoir de fin juin à fin août-début septembre, regroupés en haut des falaises, formant parfois des troupeaux de 300 à 400 animaux. Une vision spectaculaire que l'on peut découvrir du côté de Borsa en empruntant le télésiège de la station et en marchant une bonne demi-heure. L'excursion prend la journée. Elle permet aussi de découvrir la plus grande cascade de la Roumanie et la légende, fort vraisemblable, qui court dans le pays. Attaqué par un ours furieux et gigantesque, un groupe de chevaux s'est jeté dans le vide pour lui échapper. Le site, devenu la cascade des chevaux (cascada cailor), se visite.
Quand ils redescendent, à l'état mi-sauvage, pour retrouver leur vie de misère, les chevaux doivent être à nouveau dressés. Dans le coin, on raconte l'histoire d'un Ukrainien qui avait acheté un cheval au marché de Berbesti.
L'animal n'obéissait qu'aux ordres en roumain. Son propriétaire avait entrepris de lui apprendre l'ukrainien. Au bout de trois mois, le cheval était devenu parfaitement bilingue. Et quand on s'extasiait devant ses dons, son maître haussait les épaules: "Eh ben quoi, c'est normal… moi aussi je parle deux langues!”.
Les articles les plus lus