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Un dimanche pas comme les autres pour Sorin Oprescu

Un dimanche pas comme les autres pour Sorin Oprescu







 

 Les radios pulmonaires du maire de Bucarest n’ont pas été assez convaincantes pour le laver de tout soupçon
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  Maire de Bucarest depuis 2008, Sorin Oprescu a été arrêté sur requête de la DNA, le dimanche 6 septembre, pris en flagrant délit de corruption. Ce chirurgien de formation a été incarcéré pour 30 jours dans l’attente de la clôture de l’enquête.
  Pas besoin de film de James Bond en ce dimanche 6 septembre. Les Roumains ont été tenus en haleine, pratiquement en direct, par les rebondissements de l’arrestation d’un des personnages les plus en vue du pays. Maire de la capitale depuis 2008, réélu depuis et se préparant à solliciter un troisième mandat que tout le monde le voyait gagner, Sorin Oprescu est apparu sur les écrans au petit matin, sonné, la mine défaite, menotté, poussé par des policiers masqués dans un véhicule le conduisant tout droit à la prison.
   Le chirurgien, qui porte beau, venait d’être pincé en flagrant délit de corruption. Il avait reçu 25 000 euros enveloppés dans un paquet-cadeau, une avance sur les 60 000 euros promis pour l’attribution d’un marché qu’il avait facilité. Près d’une dizaine de ses proches collaborateurs de la mairie le suivaient dans la foulée, également menottés.
   Ce n’était pas une surprise pour le maire de Bucarest. Quelques jours auparavant, une source l’avait prévenu que la DNA tramait quelque chose contre lui. Mais, appât du gain sans-doute, cela ne l’a pas empêché de foncer tête baissée dans le piège qui l’attendait.
   La procureure Laura Codruta Kovesi l’avait depuis longtemps dans le collimateur. Les dossiers qu’elle était en train de finaliser montraient que les commissions touchées par le maire et son entourage se chiffraient en millions d’euros, tant les marchés passés par la capitale sont importants. Un coup de téléphone «anonyme» (peut-être un concurrent d’une société rivale toujours écarté, le maire ayant sa clientèle attitrée) la prévint du rendez-vous nocturne fixé pour lui remettre son dû. L’occasion rêvée pour le prendre en flagrant délit, comme un vulgaire malfaiteur.
   Toutefois, le scénario ne se déroula pas exactement de la manière prévue. Les enquêteurs ne purent arrêter Sorin Oprescu sur le fait, car ils auraient dévoilé les autres interpellations qu’ils s’apprêtaient à mener. Le maire rentra chez lui pour déposer son paquet-cadeau et ressortit peu après.
   C’est à ce moment-là que la police intervint pour le conduire dans ses locaux, menant les premiers interrogatoires, en attendant que la levée du jour permette une perquisition à son domicile. L’objet du délit fut trouvé sous un canapé.


                     Un équipement à la James Bond
                     pour échapper aux écoutes de la police


   La visite de la maison du maire permit aussi de découvrir qu’il avait fait installer tout un attirail pour échapper aux écoutes téléphoniques. Positionné dans la cour, un immense appareil de brouillage lui garantissait la confidentialité de ses conversations et ses hôtes y étaient priés de laisser leurs portables. Les discussions sur les bakchichs pouvaient alors se dérouler en toute sécurité avec ses visiteurs nocturnes.
   Sorin Oprescu a été suspendu de son mandat, suppléé par un de ses rares adjoints qui ne l’a pas accompagné dans sa nouvelle résidence. Les dossiers dans lesquels il est impliqué sont multiples. Non seulement ils témoignent de sa vénalité mais aussi de ses élucubrations quand au devenir de la capitale.
  Si on peut lui porter crédit de quelques réalisations (finition du stade Arena, passages routiers, restauration du vieux Bucarest, élimination des chiens errants), il faut souligner qu’elles se sont toutes réalisées au prix fort, bakchichs compris, se terminant souvent en scandales. Quand aux projets annoncés à grand renfort de communication, ils ont été soit abandonnés en chemin, soit passés directement à la trappe.

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