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Un homme de paille à la tête du gouvernement

Mirel Bran (Le Monde)
Un homme de paille à la tête du gouvernement









Dragnea, l’homme fort du PSD, désigne Sorin Grindeanu
Premier ministre

   La Roumanie a mis fin au suspense politique qui a suivi les élections législatives du 11 décembre 2016. Le 30 décembre, le président Klaus Iohannis a désigné un nouveau premier ministre, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle cohabitation avec le PSD (ex-nomenklatura). Sorin Grindeanu, 43 ans, un informaticien inconnu du grand public, a été choisi par le Parti social-démocrate, dont il est membre depuis 20 ans, qui a remporté 46 % des suffrages lors de ces élections. Grâce à une coalition avec une petite formation libérale, ¬l’Alliance des libéraux et des démocrates (ALDE), dirigée par le président du Sénat, Calin Popescu Tariceanu, qui a obtenu 6 % des voix, les socialistes ont la majorité au Parlement et pouvaient proposer un premier ministre.
   Liviu Dragnea, le président du PSD, espérait obtenir le poste de chef du gouvernement, mais une condamnation pénale pour fraude électorale au printemps 2016 l’en a empêché. Le président Iohannis s’y est clairement opposé : « Quand on embauche un gardien, on lui demande son casier judiciaire. Comment imaginer que le pays soit gouverné par quelqu’un qui a un dossier pénal ? Pour moi, c’est inimaginable».

                «C’est Dragnea le chef et c’est lui qui décidera»

   «Je n’ai jamais renoncé définitivement à l’idée d’être le premier ministre de la Roumanie», assure Liviu Dragnea, qui a choisi un fidèle à ce poste. «J’ai cherché un homme auquel je pouvais faire confiance, un homme qui n’utilise pas ses fonctions comme un tremplin pour construire un pôle de pouvoir pour lui-même», a affirmé Liviu Dragnea dans la conférence de presse qui a suivi la nomination de Sorin Grindeanu. «Ma relation avec M. Dragnea est une relation de subordination, a déclaré celui-ci lors d’une conférence de presse organisée après sa désignation par le président Iohannis, le 30 décembre. C’est lui le chef du PSD, et c’est lui qui décidera de ce que mon gouvernement fera».
   L’idée d’amender la loi qui interdit à une personne condamnée d’occuper un poste gouvernemental a été discutée par le PSD. Sa victoire écrasante alimente la crainte d’un affaiblissement de la lutte anticorruption menée avec succès ces dernières années. «Si nous additionnons les années de prison auxquelles les hommes ¬politiques ont été condamnés, nous parvenons au résultat de cent treize ans, a déclaré Nicusor Dan, le chef du parti Union Sauvez la Roumanie, un parti antisystème devenu la troisième force politique du pays. Ces gens ont volé plus d’un quart de milliard d’euros. Nous demandons à Liviu Dragnea de ne pas modifier le code pénal et le statut des procureurs. C’est la seule garantie que la Roumanie ne freinera pas la campagne anticorruption».
   Pour l’instant, ce dernier a donc abandonné son rêve d’accéder au poste de premier ministre, mais il a cherché à mettre en difficulté le président. Selon la Constitution, seul le chef de l’Etat peut désigner le premier ministre que lui propose un parti politique.
   Le 21 décembre, Liviu Dragnea a surpris tout le monde, y compris son propre parti, en proposant à ce poste à une femme, Sevil Shhaideh, une de ses proches, issue de la minorité tatare de confession musulmane. Une proposition surprenante dans un pays à majorité orthodoxe. Le président de droite Klaus Iohannis, issu de la minorité allemande et de confession luthérienne, s’est trouvé ainsi mis en difficulté.

              Veto présidentiel

   Cependant, le 27 décembre, M. Iohannis a refusé de désigner Sevil Shhaideh, sans donner d’explication. «Je demande à la coa¬lition PSD-ALDE de faire une autre proposition», a-t-il déclaré. Si l’origine et l’appartenance religieuse de Sevil Shhaideh n’étaient pas un problème pour le président, il était davantage gêné par le mari de celle-ci, Akram Shhaideh, un Syrien, ancien conseiller dans le gouvernement de Bachar Al-Assad, qui s’est installé en Roumanie en 2010. Face au refus du président, les socialistes ont menacé de le destituer. Mais, le 28 décembre, Liviu Dragnea a fait une deuxième proposition : celle de Sorin Grindeanu.
   La Roumanie a évité une crise politique, mais la cohabitation entre le président libéral Klaus -Iohannis et un premier ministre PSD s’annonce très mouvementée. L’économie roumaine a affiché de très bons résultats en 2016, avec une croissance de presque 5 %, performance à l’actif du gouvernement technocrate de Dacian Ciolos qui a dirigé le pays. Le futur gouvernement pourra effectuer les augmentations salariales que les Roumains attendent depuis longtemps, mais la crainte de voir ¬s’affaiblir la lutte anticorruption jetait déjà un doute sur les intentions des futurs gouvernants.

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